08/08/2011

Le temps est une denrée rare!

Le temps est une denrée rare lorsqu’on rénove un bateau, parce que la moindre action posée devient une réaction en chaîne dans laquelle vous ne maîtrisez plus les délais d’exécution.

Vous pensez que fabriquer et mettre en place un petit bout de bois destiné à prolonger le barotin que vous avez sadiquement amputé du tiers de sa longueur est d’une simplicité telle, qu’à côté ouvrir une bouteille d’eau ressemble à la résolution d’une des équations de la théorie de la relativité, alors qu’à peine l’étape de la prise de mesures terminée, vous voilà confronté au premier souci.

En effet, la géométrie avec ses angles et ses droites va commencer à vous jouer des tours, car à bord d’un bateau, rien n’est droit, les angles de 90° sont bons pour le compas du bord entre les points cardinaux, mais pas pour la coque et sa structure.

L’horizontale ? Vous la cherchez toujours, car à force de travailler en étant ballotté d’un bord sur l’autre, même le quai prend des airs de ligne de fuite. Pour la sauvegarde de votre équilibre et de votre santé mentale, ne posez jamais un niveau à bulle à un endroit quelconque du bateau, jetez-le plutôt à la flotte ou oubliez-le à la maison.

A la lecture de ce qui suit, personne ne s’étonnera plus, j’espère, que la fabrication d’une simple pièce de structure de deux mètres de long en contreplaqué comme cette satanée sous-bauquière m'a demandé plus de dix heures de travail réparties en plusieurs jours?

En tout cas, il faut dépasser le stade clinique où il est encore possible de croire que tout est simple, car si les difficultés de constructions sont maîtrisées la simplicité elle n’est pas au rendez-vous.

Ce n’est pas le cheminement intellectuel de la conception, sur plan virtuel, de cette petite pièce qui va vous griller les neurones et manger votre temps.
Non, c’est simplement qu’après avoir pris vos mesures, les avoir rapportées la langue pincée entre les lèvres, sur votre morceau de contreplaqué et qu’ensuite après avoir découpé scrupuleusement celui-ci, vous allez vous prendre un râteau en pleine poire.

En effet, après vous êtes précipité, avec la lenteur calculée de celui qui sait qu’il vient de poser un geste de pro, vers le barrotin que vous avez opéré, vous vous rendrez compte que la pièce construite avec assurance ne s’ajuste pas du tout !

Première réaction!
Put… de m… !

Ensuite, votre cerveau commence à douter, lui qui sait tout a fait prendre des mesures tridimensionnelles à l’aide d’instruments de haute précision pour s’assurer que tout irait bien, les yeux lui ont envoyé des images supposées correctes, il a constitué virtuellement la prothèse et voilà que cette saleté ne s’ajuste pas.

C’est quoi le problème ? Neuronal ? des synapses bousillés ?

Non, c’est tout simple mais vous ne le découvrirez que lentement.
Dans la dure réalité, l’angle supérieur supposé à 90° et enregistré comme tel par les yeux ne fait en fait que 86°32’ entre deux faces et  l’autre, celui qui doit prendre appui sous le pont fait 93°10’.

Il faut ajuster !

Et voilà comment la fabrication d’une pièce ridicule de simplicité va vous prendre plus d’une heure, voir deux si tout s’acharne sur vous comme c’est souvent le cas.

Pire donc, plus cet élément est petit, plus il est pénible de le manipuler pour lui donner la bonne forme, tout au moins si vous êtes équipés d’origine comme moi de paluches qui n’ont rien à voir avec celles d’un horloger (il y en a qui disent de gynécologue allez savoir pourquoi !).

En effet, ce petit bout de matière de presque quatre centimètres de côté, qui tient à grand peine entre vos gros doigts va s’animer d’une vie propre, il fuit, se dérobe sous le serre-joint, qui, complice se met à tourner au moment du serrage et lorsqu’enfin les deux salopards sont domptés voilà qu’au dernier essayage, la pièce s’échappe en tournant de vos gros doigts en bondissant et rebondissant pour réussir à passer derrière le réservoir à carburant et aller se cacher à fond de cale sous le ber moteur.

Alors là, deux solutions : recommencer tout, ou procéder à une recherche approfondie du fugitif.

Je vous le dit tout de suite, la première serait la meilleure, mais notre esprit ne peut pas concevoir cette formule.
Vous optez donc pour la seconde solution et vous voilà déplaçant l’établi pliant, poussant rageusement du pied l’aspirateur, les machines, les déchets de bois et tout ce qui encombre pour ôter les trappes de visite du compartiment moteur.

Une fois tout dégagé, vous essayez de trouver une place suffisante pour étendre votre encombrante carcasse sur ce sol mouvant recouvert de sciure et de déchets de coupes. Couché le jambes repliées pour tenter de gagner un peu de place, vous commencez à scruter les fonds,  la tête ceinturée de votre lampe frontale collée dans la sueur qui coule de votre crâne pour tenter de repérer ce crapuleux bout de bois qui sait que même découvert il restera hors de portée de vos gros doigts avides.

Quand quinze minutes et deux côtes froissées plus tard, après avoir allongé dangereusement votre bras droit, vous tenez enfin le coupable et qu’une fois tout repositionné vous le crucifiez d'une vis à la place désignée, enduit de G4 et d’époxy, vous sentirez monter en vous une jouissance incroyable, une sorte de bonheur suprême!

J’ai vaincu vous dites-vous !

Et bien non, détrompez-vous , car après avoir entrepris de reprendre une position verticale, les bras écartés, dans l’attitude de celui qui a terrassé le dragon et qui attend les vivats de la foule, vous balayerez la timonerie d’un air triomphant pour constater très vite que le sourire béat éclairant vos lèvres se transformera instantanément en moue rageuse précisément à l’instant où vos yeux se poseront sur l’horloge du tableau de bord qui de ses deux petits bras vous montrera que vous avez passé deux heures à vous battre avec un simple morceau de bois.

Et dans les brumes lointaines de votre rage à peine contenue, vous serez certain d’entendre comme un ricanement !

La fabrication de la sous-bauquière à été précédée d’un épisode de ce genre et je préfère confier aux photos et à leur commentaires, le soins d’expliquer le cheminement de la fabrication et de la pose de ce nouvel élément garant de la structure du bateau.

Au centre de la photo, le coupable qui rigole moins!

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Le premier problème est que la sous-bauquière d'origine est épaisse de 45mm et que le contreplaqué marin fait lui 25mm. Pour obtenir une pièce aussi solide que celle d'origine et renforcer le pont en solidarisant les renforts posés sous le nable et les tubes de l'échelle de coupée, je décide de doubler la planche de contreplaqué, ce qui donne 50mm.
Je vais devoir l'usiner sur toute la longueur des renforts de passavant afin d'étre au même niveau que ce qui reste de la sous-bauqière d'origine. Je vais devoir faire une coupe de 30mm de haut et de 10mm  dans l'épaisseur. Voici une vue de l'outil FEIN prêt à oeuvrer.

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Voici une vue de la machine en position de travail. Et moi aussi, pas facile de tenir les deux et en plus de faire une photo nette!

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L'entaille est faite.

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Découpe terminée. Les plus attentifs observeront une fine ligne transversale. Je dis à tout le monde que c'est une découpe volontaire de la planche afin de tester les affirmations des ingénieurs de West System qui disent que leur produit permet ce genre de d'assemblages, car cela flatte mon égo.
Mais en fait, pressé par le temps ce vendredi, je me suis trompé et j'ai coupé le mauvais côté. J'ai donc du réassembler le tout pour recommencer ma découpe.

Ce qui veut dire qu'il faut abandonner ses certitudes et admettre que tout le monde peut se tromper!

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Voilà la réparation qui démontre encore une fois que sur un bateau, un angle droit ne fait pas 90°.

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Les deux planches assemblées, collées à l'époxy et vissées.

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Détail.

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Enfin posée!

Avant.

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Après!

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10:42 Écrit par alaro11 | Lien permanent | Commentaires (4) | | |  Facebook | |  Imprimer |

Commentaires

Mais mon cher Cap'tain, vous êtes un vrai Victor Hugo de la description, un Balzac du détail, un Baudelaire du Spleen marin....C'est un vrai plaisir que de vous lire....Un récit fascinant, des rebondissements, des enchaînements, des métaphores, tout pour qu'on sillonne avec passion et curiosité les aventures du Cap'tain Roland...
Allez mon cher à vos plumes, marteau et ancres....
À bientôt au fil de l'eau....
Amitiés sincères Chantal D.

Écrit par : Chantal D. | 09/08/2011

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Je te remercie, mais il y a toutefois une constante, chez ces illustres personnages, que je ne tiens pas à partager... Ils sont tous morts!

Écrit par : auteur du blog | 10/08/2011

Alain, à défaut d'être un vrai charpentier de marine tu pourra toujours te reconvertir dans l'écriture....sisi...ta truculence n'a d'égale que ton entêtement....mdr.
Ah oui si tu veux un coup de main pour couper une planche trop court tu peux faire appel à mes compétences sans problèmes. Pour le reste hier et aujourd'hui cela flotte toujours. La bâche flotte aussi mais au vent du large.

Écrit par : lamiraal | 11/08/2011

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Merci pour ta proposition, pour l'instant je corrige le blog de tous les belgicismes et autres fautes de français afin de le rendre présentable pour en tirer une éventuelle version papier et une traduction en anglais.
Je vais travailler au bateau ce week-end.

Écrit par : auteur du blog | 11/08/2011

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