10/06/2010

29 mai 2010


 

Grand soleil ce matin, donc tenue d’été pour Paquita et son équipage, je rabats le cabriolet et je suis assailli par une odeur très prenante de… Purin ! N’ayant pas vu de ferme aux alentours, je ne comprends pas d’où vient cette odeur à faire repasser le petit déjeuner dans l’autre sens jusqu’à ce que je descende pour larguer et je constate alors que nous nageons dans une sorte de soupe où se mêles les excréments de bovins et les herbes en putréfaction, et tout ça est entré dans la darse poussé par le vent.

Nous ne partons pas, nous filons, vite et pas à l’anglaise.S7304575rednglaise. La première écluse est également pleine de soupe aux légumes et bien sûr, quelques kilomètres plus loin, la moteur se met à chauffer, provoquant le même cérémonial que le jour précédent, ce qui va nous arriver quelques fois ce jour.

L’écluse suivante est en panne, je téléphone à VNF et ils me répondent qu’ils sont au courant, qu’une équipé est déjà sur place et que le réparateur arrive. Je comprends que comme partout il existe des spécialistes, que ceux qui sont sur place ont détecté le problème, une grosse branche empêche la fermeture d’une vantelle et le système informatique a placé l’écluse en sécurité. Les agents sur place sont compétents pour ce qui est de la panne mécanique, soit enlever le corps étranger, mais pas pour réinitialiser le système.

Très vite, l’agent est là et on peut passer. Une demi-heure de perdue tout de même, mais c’est comme ça sur l’eau, il faut apprendre à vivre dans une autre dimension, à une autre vitesse, se débarrasser des réflexes terriens pressés.

On continue, mais deux écluses plus loin nous nous heurtons à nouveau à un e écluse en panne, ce n’est pas leur jour aujourd’hui. Je téléphone, l’agent arrive me promet le régulateur. Nous entrons dans le sas et on s’y amarre, c’est toujours plus facile que de faire le bouchon surtout avec le vent qui se joue de toutes mes corrections.

Voilà un, deux non, trois montants qui se placent à la rive en aval, des… Hollandais oui m’dame !

Au bout de dix minutes, ils envoient un éclaireur ou plutôt une éclaireuse qui vient houspiller ma mousse blonde dans la langue qu’elle pense la plus universelle, le néerlandais.

Je sors, de ma réserve, et lui explique dans la langue de Molière et sur un ton qui ne permet pas la contestation que l’écluse est en panne et que j’ai téléphoné. Elle répond : »Ja oui merci » et s’en retourne sur son cuirassé en tôle de 8mm.

Je téléphone à nouveau au régulateur, lui explique l’anecdote et lui demande où est le réparateur ; il arrive me dit-il.

Dans l’intervalle, sans doute mécontents de la réponse de leur éclaireur, deux membres du convoi se dirigent vers ces Belges incapables de passer une écluse normalement. Je me prépare à livrer bataille et cherche déjà des yeux ma gaffe afin de repousser toute tentative d’abordage.

Mais voilà qu’en libérateur, l’agent de VNF rencontré plus tôt arrive dans sa camionnette, il se gare pénètre dans le local technique et enclenche le cycle sous les yeux rageurs des flibustiers des polders qui s’en retournent à leurs vaisseaux.

Nous attendons que le cycle s’achève et avant de sortir, je crie un grand merci à notre sauveur, il nous répond par un signe amical, les portes s’ouvrent et une fois sortis, nous voyons l’armada se préparer à passer, amarres larguées alors que les portes de l’écluse se referment devant leurs étraves. Pas de chance ils vont devoir attendre une bassinée vide avant de pouvoir passer, et encore si l’écluse ne retombe pas en panne.

Voilà ce qui arrive lorsqu’on se comporte en conquérant sans gène dans un pays qui vous accueille en ami.

Il faut rester aimable avec les personnes c’est bien plus agréable et fait perdre moins de temps au final et c’est tellement plus agréable d’être vu comme un ami plutôt que comme quelqu’un qu’on est obligé de supporter.

Les Britanniques que nous avons rencontrés étaient nettement plus aimables et respectueux. Question de culture et d’éducation sans doute !

Car il faut tout de même avouer que le comportement de ces gens sur l’eau est très agressif, circulant au beau milieu du chenal, sans se placer en retrait lorsqu’ils croisent un avalant fonçant de toute la puissance de leurs moteur, au mépris des berges souvent en mauvais état, quitte à provoquer un incident avec leur sillage de hors-bord. Je ne suis pas étonné que pas beaucoup d’usagers ne les portent pas dans leur cœur, comme ce couple d’aînés que nous avions rencontrés à Huy et qui nous avouaient ne plus vouloir naviguer dans ces conditions, car s’étant fait agresser en France par des plaisanciers Hollandais après que ceux-ci les aient abordés lors d’un croisement sur un canal.

Bref, je décide de faire valoir mes droit d’avalant et moi aussi je reste au milieu, comme ils ont peur d’écorcher leur bateaux, ils s’écartent en maugréant, car tout d’un coup plus de signe bonjour à quelques rares exceptions.

Je constate qu’instinctivement, je fais le contraire de ce que Germain m’a montré sur le Rhône, au lieu de chercher l’abri et de fuir le courant, je cherche naturellement à me laisser pousser par lui et je gagne plus ou moins deux kilomètres à l’heure, je suis à 1400 T/Min par moteur pour une vitesse de plus ou moins 11 km/h alors que pour la même vitesse sur le grand fleuve mes moteurs tournaient à 2200 T /Min.

Ma consommation doit être de l’ordre de quatre litres à l’heure pour les deux moteurs. C’est bien, de vrai chameaux et mon portefeuille de respirer un peu mieux, lui qui a attrapé un gros refroidissement depuis Villefranche. Je pense que j’arriverai à Profondeville avec le carburant contenu dans mes réservoirs. Ouf !

On passe Sedan, où je prends la voie de droite, passe devant le port de plaisance, remarque que sous le pont il n’y a pas de panneau indiquant où passer, longe un barrage avec un courant de fou, et alors que j’arrive en vue d’un pont, je vois un homme qui me fait signe de faire demi-tour. Je stoppe immédiatement et je commence à reculer, l’homme nous dit que nous avons raté le chenal principal. Je regarde vite la carte avant de faire demi-tour et je constate qu’en effet il existe une voie principale et certainement un panneau que je n’ai pas vu. On repasse devant le port, on contourne la pointe et je vois la flèche cachée par le grand panneau placé par la municipalité de Sedan qui rend invisible la flèche lorsqu’on tient sa droite en descendant. Dangereux ça, car sans cet homme providentiel, nous allions nous échouer sous le second pont.

Le temps se couvre de plus en plus alors que nous abordons Charleville-Mézières, on passe l’écluse de sortie de la ville et nous nous disons que nous feront étape dans le bief suivant, faisant en cela confiance dans les indications du guide fluvial qui indique qu’il y a des commerces. Grave erreur, car alors que nous avançons vers le Bourg, on s’aperçoit bien vite qu’il n’existe pas d’appontement. La question qui tue est la suivante : Pourquoi indiquer la présence de commerces si ceux-ci sont inaccessibles autrement qu’en voiture ? Vaste débat !

Pour l’heure, la tension nerveuse due à la fatigue et à la déception de ne pas trouver une place monte, pis, mes lunettes se déboitent, je réussi in extrémis à sauver la micro-vis, mais je ne vois plus rien du tout, maintenant, il fait sombre et il pleut à verse demi-tour, je remonte vers Charleville-Mézières pour arriver devant un endroit marqué comme étant un amarrage possible nous essayons, mais trop énervés, on rate la manœuvre, on continue, faisons à nouveau demi-tour et je décide de remonter mes lunettes, je dois me calmer. J’y arrive, replace mes lunettes sur mon nez, et je dit à mon mousse, on recommence.

Cette fois, j’approche parallèlement à la rive et en jouant avec les moteurs, je parviens à faire progresser le bateau latéralement jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’à cinquante centimètres de la rive. Christine saut une amarre à la main et sous la pluie battante arrive à tourner le cordage autour du premier bollard. Je saute à sa suite avec la seconde amarre et la place sur l’autre bollard. C’est terminé, nous avons gagné, trempés mais heureux d’avoir réussi. La pluie cesse également et Paquita se tient tranquille contre la rive, protégée par ses pare-battages.

J’ouvre un des grands panneaux donnant accès aux moteur afin de laisser entrer la chaleur de nos deux radiateurs en fonte de 550 Kg chacun. On fait sécher nos vêtements. Nuit au calme, mais agitée pour moi, car inquiet à cause de la pluie qui nous arrose et qui risque d’entrer par les cadres des fenêtres dont les joints sont foutus.

Mauvaise nuit, mais on approche de la fin alors ça passe.

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20:35 Écrit par alaro11 dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | |  Imprimer |

28 mai 2010

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Il est tôt lorsque nous nous levons ce matin. A l’heure dite, l’agent de VNF est à son poste et nous attend pour nous faire passer l’écluse, laquelle est encombrée d’une soupe infâme. J’essaie d’éviter de mettre trop de gaz afin de ne pas rééditer les problèmes de la veille, il pousse dans le canal, une forêt de plantes de plus d’un mètre de haut, sans compter les déchets de tontes, les bois morts les sacs plastiques et les poissons morts. Tout ce que le circuit de refroidissement primaire du bateau n’aime pas.

Ce qui devait arriver arrive quelques kilomètres après l’écluse le moteur le plus exposé, le bâbord se remet à chauffer.

Je mets en panne, stoppe le bateau et arrête le moteur en question.

Me voici à nouveau couché à plat ventre sur le plancher, j’enlève la trappe d’accès et j’essaie d’ouvrir le couvercle du filtre. A la résistance qu’il m’oppose, je comprends qu’il y règne une forte dépression, signe que le bouchon se situe au niveau de la crépine. Je m’écorche les doigts, mais le combat est perdu d’avance pour le filtre, car je ne suis pas du genre à me laisser emm… par un couvercle. Trois coupures et une minute plus tard, le couvercle est ouvert, et le niveau dans le filtre redescend à sa hauteur normale, signe que l’eau est repartie et le bouchon aussi. Refermer le filtre, la trappe, démarrer le moteur embrayer et remettre le bateau en route. Ouf !

Je vais toutefois préparer mes gants afin de ne pas pisser le sang à chaque fois que je dois ouvrir un filtre. J’ai des mains à faire peur, pleines d’écorchures et de crevasses naissantes, ce n’est pas le métier qui rentre, c’est le métier qui revient !

Mais comme tout se termine toujours bien, commencée sous la pluie, la journée se termine sous le soleil et aussi à l’écluse numéro 31, celle de Stenay, qui dès 17H40 décide d’arrêter le travail. Elle se trouve à quatre cent mètres du port où nous voulons passer la nuit. Appel au régulateur, qui après avoir écouté nos explications, déclenche à distance le cycle.

Nous pouvons nous diriger vers le port dans cette petite ville qui possède un musée de la bière, que nous ne visiterons pas cette fois tant pis. Mais pour sept euros, nous trouvons un quai tout équipé ainsi que des douches, toilettes et machine à lessiver et séchoir.

Notre manœuvre se passe sans problèmes, doucement les habitudes se font et on commence à ne plus ressembler à des débutants.S7304544redS7304547redS7304554redS7304558redS7304559redS7304565redS7304573redS7304574red

20:23 Écrit par alaro11 dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | |  Imprimer |

27 mai 2010

 

La journée commence avec la pluie et pour ne pas troubler notre habitude, par une écluse. Nos compatriotes s’en vont vers la Moselle avec leur chien. Nous larguons à notre tour et sous la pluie car rien ne nous arrête, nous dirigeons vers l’écluse numéro cinq. Il faut bien sortir pour amarrer et Christine, vêtue de mon imper et de ma casquette « Continental » s’en va effectuer ces opérations. Lorsque le bateau est en sécurité et stoppé, je sors à mon tour pour l’aider et surtout pour aller déclencher le cycle puisque le fameux levier bleu se trouve à gauche et que comme d’habitude, nous sommes à droite.

Une camionnette de la Gendarmerie est stationnée à côté de l’écluse, je m’en vais saluer les pandores et la conversation s’engage, voilà que j’ai affaire à deux gendarmes « belgophiles «, le plus jeune est fiancé à une Belge et le plus âgé, (le chef hein Tassin !) à des amis à Evere.

On cause de Belgique et de belgitude, des problèmes linguistiques, nous dérivons sur le séparatisme et la volonté, en cas de scission, de la part de certains francophones de rejoindre la France. Ils trouvent qu’historiquement ce n’est pas correct, que les Français sont des Français et les Belges francophones non. Nous voilà partis dans un cours d’histoire et il semble que l’histoire de France enseignée de l’autre côté de la frontière ne commence qu’avec les premiers Capétiens, avant était le néant ! Je leur rappelle que la Gaule Belgique s’étendait jusqu’aux portes de la banlieue parisienne actuelle puisque le territoire des peuples belges s’arrêtait vers l’Isle Adam et même plus bas puisque la limite extrême de cette partie de la Gaule était la Seine elle-même. Le plus âgé reste coi. Bref, au bout d’une heure, sous un arbre, un second bateau arrive, et lorsque je veux enclencher la bassinée, il ne se passe rien. Je téléphone à VNF et je leur explique que les gendarmes… Le régulateur me répond que c’est normal, que l’écluse s’est mise en sécurité et qu’il m’envoie un agent et me demande jusqu’où je désire aller aujourd’hui. Ma réponse est toujours la même : »le plus loin possible » la réponse est que ce jour, justement, c’est jour de grève nationale et que je peux aller jusqu’à Dieue-sur-Meuse, soit 25 km plus loin.

On fait contre mauvaise fortune bon cœur, car sans la loi sur le service minimum, nous aurions du faire demi-tour.

Dix minutes plus tard, nous passons, avec derrière nous le voilier Allemand qui met un temps fou à sortir de l’écluse. Au bout d’un quart d’heure, il a disparu et j’avoue accélérer un peu pour faire l’écluse suivante seul. Pas bien hein!

C’est ce que nous faisons, et encore après, si bien qu’au bout de huit écluses, nous l’avons définitivement largué, ce qui semble bien arranger le jeune agent envoyé pour nous faire passer. Normalement il doit regrouper les bateaux, mais il explique à son chef que le second bateau n’est pas là et qu’il ne peut raisonnablement pas nous laisser attendre l’arrivée hypothétique du second bateau. Il a raison ce ne serait pas raisonnable de nous laisser attendre.

Comme nous avons pris de retard à cause de la grève, le régulateur nous promet de nous envoyer un agent le lendemain à 0830 pour nous faire gagner du temps. Voilà ce que j’appelle un service public !

Nous arrivons à Dieue-sur-Meuse vers 1515, effectuons un amarrage de pros, je bricole à nouveau la prise électrique, nous faisons le plein d’eau, et comme la mairie met cet emplacement gracieusement à la disposition des plaisanciers, nous décidons d’aller faire quelques courses dans le bourg. Première halte, la pharmacie, immense. Ensuite le bar-tabac d’où nous sortons pour nous rendre chez le boulanger, qui est fermé.

Déçus mais têtus, nous partons en expédition à la recherche du commerce alimentaire renseigné sur les panneaux directionnel, et nous ne trouvons rien. Comme le ciel commence à se couvrir, nous rentrons vite au bateau, juste à temps pour voir les premières gouttes s’écraser sur les vitres.

Bref, une journée calme, moins éprouvante que les autres, mais qui signifie encore du retard.

Tout de même, j’oubliais l’agression dont Christine a été victime alors qu’elle patientait sur le pont lors d’une bassinée. Nous étions tous deux à notre poste, moi à l’arrière et elle assise sur le toit à l’avant. Tout est calme, la pluie a cessé et les oiseaux chantent, tous sauf deux qui visiblement cherchent quelque chose d’autre, ils volent en paire, aile dans l’aile.

Nous ne le savons pas encore, mais il s’agit d’un apprenti bombardier en piqué et de son instructeur. Celui-ci s’écarte, reprend un peu d’altitude et sur un signe convenu entre eux, indique à son élève que tout est en ordre et qu’il peut y aller. Voilà le jeune apprenti qui monte et qui au sommet de son ascension se retourne et plonge à une vitesse folle. Moi, d’en bas je n’ai pas encore compris l’attaque et comme le bateau est désarmé je n’ose même pas imaginer que des oiseux nous ont pris pour cible somme si nous étions un porte avion durant la guerre du Pacifique. Il plonge toujours, et soudain je vois quelque chose qui se détache de son ventre et qui plonge vers le pont avant. Attendant l’explosion fatale, je rentre la tête dans les épaules et je me bouche les oreilles intérieurement, mais si c’est possible ! L’instant d’après, paf ! le projectile atteint la cuisse de Christine heureusement sans exploser, il devait s’agir d’une munition d’exercice !

J’entends la protestation de mon mousse, et je tchiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip désespéré de l’apprenti qui a raté son objectif, je pense qu’il visait la tête ! Quelle idée aussi de se promener en blonde sous les oiseaux. Encore heureux pour elle que l’élève était un petit et non pas un héron, car eux question style, c’est plutôt le bombardement stratégique avec un chapelet jaunâtre de plus d’un mètre de long.

Alors, si vous le permettez, nous allons réparer les dégâts. Je vous laisse jusqu’à demain. Ah oui, pas de photos aujourd'hui à cause des batteries de l'appareil qui sont plates comme ma bourse!

 

19:28 Écrit par alaro11 dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | |  Imprimer |

26 mai 2010

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A neuf heures, nous quittons le quai, après avoir fait nos adieux à nos compagnons de route de la veille, ils remontent vers Metz et le Rhin et nous tournons à gauche pour suivre le canal de la Marne au Rhin avant de bifurquer vers le canal de la Meuse.

Dans la première partie, nous sommes montants avec des écluses piégeuses car l’eau passe par-dessus les portes amont en créant un courant violent qui prisonnier dans les parois du sas, se met à tourbillonner et en s’alliant avec le vent, s’amuse à nous placer du mauvais côté du sas. Il faut se battre avec et Paquita n’aime pas le vent dans le nez lorsqu’elle n’a pas de vitesse, il faut composer et trouver le bon réglage à chaque écluse. Il y en a seize à passer et lorsque la dernière apparaît, c’est pour annoncer un tunnel. Christine est contente, elle adore les tunnels en bateau, moi par contre, ce n’est pas trop mon truc, la concentration doit être permanente et profonde durant les six ou sept cent mètres de la traversée.

Mais à la sortie, nous sommes sur le canal de la Meuse, et donc la Meuse, car nous la voyons qui se tortille sur notre gauche, vient nous rejoindre et ensuite part se promener sur notre droite. Le canal de la Meuse est en fait un canal latéral, c’est-à-dire qu’il emprunte parfois le lit de la rivière et qu’il n’a pas de bief de partage. Nous sommes avalants et nous avons la priorité sur les bateaux montants, ce que ne comprennent pas la plupart des Hollandais que nous croisons, très vite, trop vite même, plantés qu’ils sont au milieu du chenal avec leurs gros « Linssens ». Au début, je me colle à la rive droite, mais au bout d’un temps, je fais comme eux, je reste au centre du chenal et ils finissent par s’écarter.

Soudain je constate que le moteur bâbord chauffe, il est monté à 90°C, ce qui n’est pas encore préoccupant, mais je réduis tout de même ce moteur ce qui rend le bateau nettement moins manœuvrant. Je pense que nous avons du avaler des saleté, car ici, en plus des grandes plantes qui poussent dans le canal, les riverains viennent jeter leurs déchets de tonte dans le canal, on faisait ça chez nous aussi il y a quelques années, mais c’est fini depuis que les gens ont pris conscience qu’il fallait éviter ce genre de comportement. Il faut dire qu'ils ont été aidés par des amendes qui n’étaient pas ridicules. Ici ils n’ont pas encore compris et nous naviguons dans une sorte de potage au cerfeuil, mais pas bien passé si vous voyez ce que je veux dire.

Voici enfin la halte, bien entendu, les bonnes places sont prises, par des… Hollandais, bravo ! Nous devons nous contenter du quai où il n’existe aucunes commodités.

On s’amarre vite mais bien fait, et nous partons en expédition dans cette jolie petite ville de Commercy afin d’y trouver un point de retrait d’argent, j’ai besoin d’être rassuré et d’avoir de quoi faire le plein éventuellement et aussi de trouver un tabac afin d’y acheter la drogue de ma blonde mousse.

Au retour, nous passons par le magasin « Aldi » à côté duquel nous sommes amarrés. Bref retour dans le monde civilisé, on achète du pain de mie, mais est-ce vraiment du pain ?

Arrivés au quai, nous constatons que devant nous, se trouve un petit bateau de huit mètres immatriculé en France, à Givet, des voisins quoi !

Le monsieur descend et vient vers nous, il nous dit qu’il est Belge également, un peu pour nous rassurer pense-t’il et me demande si je peux reculer mon bateau, je lui réponds par l’affirmative et alors que je commence à m’exécuter, voilà que le flying Dutchman arrêté derrière nous en occupant la place d’une péniche nous fait signe qu’il va bouger, nous étions déjà occupés à commenter notre amour pour nos voisins envahisseurs du nord, là où poussent les tulipes et le gouda. A mon avis, il devait être au magasin en même temps que nous et il a du entendre mes commentaires sur son comportement et celui de la plupart de ses compatriotes. Il bouge donc son paquebot et je donne un coup de main à nos compatriotes pour amarrer leur bateau.

Le patron me raconte qu’il a des problèmes de surchauffe moteur, un sortilège anti Belges ? Non, lui aussi a avalé de la soupe et il a même fait sortir son bateau de l’eau, dont coût de 350 euros. Mais le problème continue. Pendant que je me prépare à démonter mes filtres et ma pompe bâbord, il démonte la sienne et vient m’annoncer qu’elle était fêlée, ce qui est la cause de ses soucis.

Moi, je commence à démonter et à ranger mes pièces pour ne pas les voir tomber à fond de cale. La pompe n’a rien, elle est comme neuve, mais elle n’a plus de joint, heureusement j’en ai. Comme la pompe est intacte, je tire la conclusion que le problème se situe avant et je me prépare à démonter la durite d’arrivée d’eau. Quelle surprise lorsque je pose ma clé de 8 sur le collier, de voir celui-ci tourner sur lui-même !

Encore un coup des ouvriers espagnols de Tarragone, le collier n’était simplement pas serré. Pourquoi faire puisque la durite tenait toute seule ! En plus il fait si chaud qu’il ne faut pas forcer, ce n’est pas bon pour la santé.

Bref, je remonte tout, avec un nouveau joint, je teste. Ok, tout est en ordre !

Terminé pour ce jour.S7304516redS7304519redS7304520redS7304521redS7304522redS7304523redS7304525redS7304527redS7304531redS7304532redS7304535redS7304538redS7304539redS7304541redS7304540red

07:35 Écrit par alaro11 dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tunnel, plaisance, paquita, fouge, canal de la meuse | | |  Facebook | |  Imprimer |

09/06/2010

25 mai 2010

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Ce matin on quitte Charmes pour la dernière partie du canal de la Saône avant d’aborder un bout de Moselle jusqu’à Toul, puis un bout du canal de la Marne au Rhin et enfin le canal de la Meuse, autrefois appelé « canal de l’est branche nord ».

La routine des écluses successives s’installe à nouveau, avec un Suédois derrière nous, son bateau à le même âge que le nôtre et il est heureux de voir un « Storebro » sur les eaux intérieures. Son bateau ne marche pas vite et nous les attendons aux premières écluses, ensuite il accélère et nous feront trente écluses dans la journée.

A la première écluse géante, 7,5 mètres de chute, l’amarre arrière se coince dans une fissure et je me résouds à la couper, quand Christine se propose de grimper à l’échelle et d’aller la décoincer. Je ne peux pas bouger du bateau et elle grimpe, elle qui a le vertige, elle me lance l’amarre et redescend, mais le bateau s’est écarté et je le ramène au moteur contre la paroi du bajoyer, je guide le pied de Christine sur le pont et la voilà à bord. Elle me raconte que vu d’en haut, le bateau lui a semblé si petit qu’à la descente elle me demandait de lui parler, ce que je n’entendais pas puisque j’étais aux commandes pour coller le bateau elle à vaincu sa peur, chapeau!

On continue, mais voilà que le soir tombe et il nous faut trouver un endroit pour nous reposer, un premier essai le long de la berge se révèle trop dangereux, et nous nous retrouvons aux portes de Toul, amarrés à un quai sablier, avec comme compagnie, nos Suédois, une excavatrice et un bobcat.

Au loin l’orage gronde et les avions de chasse rugissent. Ou le contraire…

Il faut dormir, la fatigue nous submerge comme une vague géante. Nous sommes avalés par la nuit.

Demain il faudra sortir la tête des rêves pour continuer.


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20:19 Écrit par alaro11 dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | |  Imprimer |

24 mai 2010

 

Nous avons passé une bonne nuit à l’orée de cette forêt, même si j’ai quelque peu angoissé à l’idée que le bateau était posé sur la quille, il faut dire qu’il y avait peu de mouillage à cet endroit. Dès 0830 je branche la batterie et je démarre les deux Volvos. Je débarque, détache les amarres et je déborde avec l’aide d’une gaffe.

Docile, Paquita s’écarte doucement et s’immobilise le nez au vent, comme si elle voulait sentir l’air de ce matin calme avant de se décider à avancer.

Christine arrange les pare battages le long de la coque et en avant lente. Nous nous présentons à la première écluse à 0850 bientôt rejoints par un oldtimer à voile Danois. Ils ont à bord un terre-neuve tout rasé et bouclé, il me fait penser au gros wahouh comme j’appelle Zultan le terre-neuve de mes parents.

Les danois vont nous accompagner dans cette fastidieuse échelle de 14 écluses. Nous croisons un 38 mètres français avec à la barre une patronne pas très avenante, qui nous fait tout de même un signe, son portable collé à l’oreille.

Nous perfectionnons notre technique, nous sommes avalants cette fois, j’entre dans les sas sans utiliser la barre, uniquement en travaillant sur les moteurs et les embrayages, j’arrive neuf fois sur dix à placer Christine exactement au bollard qu’elle a choisi. Au sortir du sas, même chose, je sors sans la barre, en jouant uniquement sur les moteurs et surtout en mettant les gaz, car c’est la vitesse qui donne la vie au bateau.

Une écluse est en panne, coup de fil à l’agent régulateur et 10 minutes plus tard, un agent est là pour dépanner, le bateau danois est toujours derrière nous, pas pour longtemps, car au bout d’un moment il nous laisse filer, il s’arrête le long d’un ponton équipé qui se trouve le long d’une aire pour camping-cars.

L’écluse suivante est aussi défectueuse, l’agent nous suit, on parle ensemble, il connait Germain et regrette le temps où il y avait des gens comme Germain et Monique, des gens qui comprenaient les problèmes techniques, il m’explique que le 38 mètres rencontré ce matin a fait scandale parce-que les agents n’étaient pas aux écluses pour les préparer afin de ne pas leur faire perdre de temps. Ben tient, si on appliquait les mêmes règles imaginaires au transport routier, il faudrait équiper les poids-lourds de feux de priorité de sirènes. Soyons sérieux tout de même !

Ce bateau possède une priorité de passage aux écluses, c’est exact, mais la télécommande ne distingue pas les uns des autres. Lorsqu’on sait que pour les trente écluses il ne reste plus que six agents, soit deux dans chaque sens et les autres en congé, il est difficile de faire mieux que ce qu’ils font déjà ! La patronne au portable à houspillé le personnel de dépannage, téléphoné au régulateur, à l’ingénieur responsable pour obtenir que toutes les écluses soient préparées sur son passage.

Je le disais, il n’y a pas que des gens sympa sur la voie d’eau, mais deux 38 mètres pas sympa en deux jours ça fait grimper les statistiques tout de même.

Quelle triste situation, je pense que vouloir appliquer au transport fluvial des règles de rapidité comme on les applique sur la route est un stupidité, des délais bien sûr, mais raisonnables et adaptés au système de transport, il faut quinze minutes pour franchir une écluse, quelque soit le type de bateau, alors il faut en tenir compte dans ces délais.

Nous sommes en sympathie avec les agents, car j’ai l’impression qu’ils veulent nous aider ce soir, après avoir dépassé un bateau de location qui a bloqué un sas, l’agent va nous précéder six écluses durant pour nous permettre d’atteindre un port confortable, celui de Charmes où nous stationnons juste à l’aval du pont routier. Coût : 7€ pour la nuit, électricité et eau compris les douches sont à jetons et nous n’en n’avons pas, en plus, stationnés trop loin du point d’eau, impossible de remplir les réservoirs. On se paie le luxe d’une pizza et on s’endort dans la chaleur résiduelle des moteurs.S7304483redS7304484redS7304485redS7304486redS7304487redS7304488red

19:23 Écrit par alaro11 dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | |  Imprimer |

08/06/2010

23 mai 2010

   Ce matin, debout à 0800, petit déjeuner et le rituel du branchement de la batterie avec la clé de 13. Avant de tourner la clef de contact il y a toujours un petit pincement au cœur, un peu d’inquiétude tout de même, mais les moteurs démarrent gentiment dans un ronronnement de gros chats. Départ en douceur et de suite on attaque de suite les écluses.

Le paysage est magnifique mais il faut bien avouer que nous n’avons guère le temps de le contempler car avec une écluse tous les huit cent mètres en moyenne ça ne donne pas beaucoup de temps pour bailler aux corneilles ou pour rêver au décor.

Après avoir passé la première écluse, un agent de VNF nous précède au pont tournant de Thunimont, qui est manœuvré manuellement par un homme seul qui le pousse. Ce pont est posé sur des roulettes en acier placées de part et d’autre de son axe de pivotement, il date de 1880 et fonctionne toujours. Il possède quatre frères en France, mesure 13,35 mètres de long pour 4 mètres de large et un poids de 15 tonnes. Un monument historique qui sera poussé pour nous par l’agent de VNF.

Petite parenthèse sur cet accompagnement et sur l’organisation sans faille de ce service public. A Corre, j’ai signalé que nous naviguions selon l’horaire, à savoir de neuf à dix-huit heures.

L’éclusier de Corre à tout de suite calculé que nous n’irions pas au-delà de l’écluse 25 et c’est ce que nous avons fait.

Ce matin, un agent nous attendait à la sortie de l’écluse suivante et nous a accompagné jusqu’au pont où nous n’avons pas attendu. A l’écluse suivant, l’agent est là pour préparer l’écluse. Et tout ça dans la bonne humeur et un amour visible et palpable du métier. Nous en tout cas on leur tire notre chapeau

Une écluse passé et de suite, la suivante se profile à l’horizon et quand je dit « horizon », croyez bien que je ne lève pas les yeux bien loin, car ici l’horizon est de quelques centaines de mètres.

Jusqu’à la 12 on utilise la télécommande, mais au-delà, une affichette nous apprend qu’elles sont automatiques jusqu’à la 9 ce qui veut dire qu’une fois la première enclenchée, on est condamnés à franchir les autres dans la foulée. Pas question de baguenauder ici.

Arrivés sans encombre à l’écluse numéro 8 où une jeune employée de VNF nous attend. On se demande pourquoi puisque le guide fluvial nous indique que les sas sont automatisés.

Que nenni, elles sont manuelles, ce qui veut dire que la jeune femme va devoir préparer l’écluse, exécuter la bassinée, refermer les portes pendant que nous avançons vers la suivante, remonter dans sa voiture et aller préparer la suivante.

L’ouverture des portes et des vantelles étant entièrement manuelle comme il y a cinquante ans et plus.

Mais, nous assure t’elle, elles seront automatiques dès l’an prochain.

C’est tant mieux car nous nous sentons mal à l’aise de voir quelqu’un travailler aussi dur pour notre plaisir. Un peu plus loin, je sortirai même du bateau pour l’aider à débloquer une porte. Et elle souri, incroyable, quand je pense à la postière de ma commune qui ne daigne sourire que lorsqu’elle se pince le doigt dans une porte tant son travail lui semble pénible.

Mais les fluviacartes sont exactes, du moins pour la prochaine édition, nous remarquerons que ces ouvrages sont entachés d’erreurs tout au long de notre périple.

La jeune femme nous fait ses adieux et nous terminons seuls les deux dernières écluses vraiment automatisées celles-ci.

Il nous faut trouver un refuge pour la nuit et ce dans le bief de partage que nous abordons, pas question de faire les 14 écluses sur 4 km qui nous séparent de la ville d’Epinal. Il existe deux pontons dans ce bief, le premier est occupé par un Belge, le second par un Danois. Pas de chance. En avançant, je vois une échancrure dans la berge, un petit élargissement, je coupe les gaz, débraye les arbres d’hélices et je me laisse glisser vers la rive, lorsque j’estime être assez près pour ne pas tomber à l’eau, je saute sur la berge avec une amarre et je bloque le bateau.

Sans trop tirer à cause des cailloux, je vais passer l’amarre autour d’un arbre (on ne peut pas, mais tant pis, je n’ai pas de piquets, ni de grappin) un tour mort et deux demi-clefs, ça ne lâche jamais a dit Pierre-Yves, on verra ça à l’autopsie.

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Je coupe les moteurs, après avoir répondu par la négative à un plaisancier Britannique qui me demandait si j’avais un souci. Bien ça !

Demain il me faudra à nouveau retendre les courroies du moteur tribord, mais pas ce soir, il fait chaud et les moteurs sont à 80°C.

Un peu de calme un verre et on verra demain.

Sauf qu’en voulant remonter dans la timonerie, je me tape la tête dans le couvercle de l’écoutille du carré et que je suis sonné, un peu de sang, mais rien de grave, Christine dit que c’est juste éraflé et si Christine le dit… N’empêche qu’il y a une belle bosse !

Je reste assis sur la banquette à me laisser aller à rêver de cet endroit et de notre premier mouillage forain, au loin, les bruits de véhicules n’arrivent pas à troubler les coucous et autres piverts, nous sommes en forêt et sur un bateau pour la seconde fois et c’est merveilleux, même avec un crâne qui enfle.

Je laisse mon regard se perdre dans le feuillage d'un grand arbre.

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21:13 Écrit par alaro11 dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | |  Imprimer |

22 mai 2010

Ce matin, ce qui devait arriver est arrivé, l’ordinateur s’est planté, mais alors là bien ! Pas de solution sauf le « rebooter » avec le disque de sauvegarde que je n’ai pas avec moi, bien sûr !

Je pense  que le programme de navigation a causé un bug dans vista.

 

Partis du port de Corre ce matin vers neuf heures, nous nous sommes présentés à la première écluse, où un agent de VNF nous a aimablement accueilli et nous a remis une télécommande.

Appareil frustrant pour les « zappeurs » invétérés, car il ne comporte qu’un bouton.

Le principe : à l’approche d’une écluse, il faut repérer le panneau indiquant l’emplacement du récepteur, appelé improprement « radar » et arrivé à sa hauteur pousser sur le bouton vert de la télécommande pour vous enregistrer.

Dès que le feu d’entrée de l’écluse passe au vert, il suffit d’entrer, de s’amarrer et de pousser vers le haut la perche bleue pour enclencher le cycle.

Facile sauf lorsqu’on confond le « radar » de sortie avec celui d’entrée de l’écluse suivante. Nous on la fait et un agent de VNF est venu tout sourire pour réparer nos bêtises.

On a promis de bien s’appliquer et on ne s’est plus trompé durant le reste du voyage et ses plus de 150 écluses.

Mais bon, pour l'heure, nous abordons le canal de l'est, branche sud, maintenant appelé Canal de la Saône.

 

Nous croisons beaucoup de bateaux hollandais, ils vont vite, certainement plus vite que les 8 km/h autorisés, certains font un signe et d’autre pas. On croise même un 38 mètres chargé et… Hollandais. Je me laisse aller tout contre la berge car il n’y a pas beaucoup de place et je désire montrer que je lui laisse le passage. Pour me remercier, la matrone qui pilote le bateau, relance son moteur à fond avant de nous avoir croisé, elle fait remonter plein de boue vers le haut, et secoue notre bateau comme un bouchon. Une chance que les défenses sont bien à poste, sinon on tapait la coque sur les cailloux.

Comme quoi il n’y a pas que des gens sympathiques sur l’eau !

Nous repartons dans un paysage magnifique, nous nous promenons dans une forêt, pas sur un chemin, mais avec un bateau sur un canal. Les écluses se succèdent, à chaque virage, un nouveau tableau, les sous-bois éclairés par le soleil, le ronron sourd des moteurs donne écho aux chants d’oiseaux, c’est magique nous avons l’impression d’être seuls sur la planète.

Parfois, un village est traversé. Dans l’un d’eux, une passerelle piétonne est en construction et une allonge électrique fait une sorte de boucle en-dessous. J’y vais piano, les mains sur les embrayages, Christine déborde le câble, mais voilà qu’au moment où on pense être hors d’atteinte, que le câble se déroule et menace de se prendre dans le mât et les antennes.

Réaction immédiate, couper les gaz, placer les commandes au neutral, basculer en arrière et donner des gaz pour stopper le bateau.

Christine écarte le câble et on repart.

On passe les écluses de mieux en mieux, grâce à un travail d’équipe qui doucement se rode, Christine place directement ses amarres, et moi j’amène le mieux possible le bateau à l’aplomb du bollard qu’elle choisi.

Et pourtant, ce n’est facile pour aucun de nous deux, elle doit passer l’amarre autour d’un bollard qu’elle ne voit pas bien puisqu’il se trouve au-dessus d’elle, elle doit donc grimper sur le toit du carré, voir de la timonerie et à l’aide de la gaffe, passer le cordage autour de ce sacré bollard. Que ceux qui sourient en coin se rassurent, nous pouvons les mettre à l’épreuve quand ils le désirent, rira bien qui rira le dernier !

Pour moi, c’est une autre histoire, il faut amener le bateau au bon endroit et assez près du bajoyer pour que Christine n’aie pas à allonger exagérément les bras pour faire sa manœuvre et Paquita est très sensible au vent qui s’engouffre dans les sas vides, peut être une manière pour elle de me faire comprendre qu’elle est de la mer et pas de l’eau douce.

Il faut jouer avec le bateau, les moteurs, le vent et le courant engendré par l’eau qui s’écoule des fuites dans les portes amont. Pas simple, mais je commence vraiment à anticiper ses réactions, elle n’arrive presque plus à me piéger, sauf lorsqu’elle veut montrer qu’elle reste maîtresse du jeu. Réaction très féminine à laquelle je réponds avec diplomatie en la laissant aller un peu avant de reprendre les commandes et d’imposer mon point de vue. Non ce n’est pas une réaction de « macho », c’est une démonstration d’efficacité, rien de plus !!!

 

Nous nous arrêtons péniblement en pleine nature, amarrés à la rive d’une aire de pique-nique. Le vent se joue de nous, comme un enfant qui prend son bain avec ses canards en plastique, il souffle sur nous dès que j’approche de la rive, il faut reculer, pousser les moteurs, je m’énerve, ça ne marche pas bien !

Mais soudain, comme dit Germain, je comprends que je dois jouer aussi avec lui, je recommence ma manœuvre, une fois au bord, on débarque, amarres en mains, et là, le vent s’arrête, il a perdu et ça ne l’amuse plus, il s’en va jouer ailleurs, peut-être avec un autre bateau ou un cerf-volant.

Je regarde Paquita de la rive, c’est vrai qu’il y a du travail pour la remettre en état, mais déjà comme ça, je trouve qu’elle a déjà belle allure.

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A la soirée, j’allume un feu dans le barbecue en pierre et nous devisons éclairés seulement par les flammes, moment de calme dommage que je n’aie pas de grille et de viande. Pas de marshmallows à griller pour Christine, quel dommage pour elle, pas pour moi.

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21:02 Écrit par alaro11 dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | |  Imprimer |

21 mai 2010 De Savoyeux à Corre

Réveil à six heures, et départ à sept heures trente, manœuvre sans problèmes, on sent le métier qui entre, je joue des deux moteurs pour sortir de mon trou et prendre le canal.

Il n’y a que nous dans cet air frais, le jour est à peine levé et une brume fantomatique stagne sur l’eau, comme je navigue vers l’est, le soleil commence à jouer avec l’eau et la brume et mis à part le ronronnement des moteurs et le bruit de la coque de Paquita qui fend l’eau, il n’y a rien pour troubler la quiétude de la rivière. Le monde est sans humains, mis à part nous. L’odeur de la terre qui s’éveille nous rappelle que nous ne sommes pas des gens de l’eau mais des terriens perdus dans un monde nouveau. Les hérons nous laissent approcher pour s’envoler avec des élans de ptérodactyles dans l’air lourd d’humidité. L’eau n’est même pas troublée devant l’étrave, nous sommes sur un lac vaporeux qui nous aspire vers le futur.

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Au bout de quelques kilomètres, la première écluse automatique nous rappelle que nous sommes bien dans un monde où l’homme n’a plus beaucoup de place, ici, il y a quelques années, il y avait une famille, un homme qui chaque jour manœuvrait son écluse, faisait vivre sa famille au gré des bassinées. Maintenant, il y a un câble en travers de la rivière, avec un gros interrupteur sous lequel pend une sorte de tuyau d’arrosage qu’il convient de faire tourner d’un quart de tour pour déclencher la bassinée. Ensuite il faut entrer dans l’écluse, s’y amarrer et lever un levier de couleur bleue pour terminer le processus. Pas très humain tout ça ! Et combien d’emplois perdus ?

 

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La journée se passe en alternances de navigation et passages d’écluses, je me prends au jeu et  je dirige mon bateau sans l’aide de la barre, uniquement à l’aide des deux moteurs. Bref, je joue avec le bateau et j’apprends à connaître ses réactions. J'ai bien assimilé que le mieux est d'entrer avec de la vitesse pour ensuite casser son erre en battant en arrière et pour sortir, ne pas toucher à la barre, mais utiliser la puissance et l'équilibre entre les deux moteurs pour diriger.

Les paysages se succèdent, bientôt nous arrivons dans un pays qui ressemble à nos Ardennes, avec une rivière qui se rétrécis, semble parfois vouloir nous avaler, on a soudain l’impression de remonter à la source, que soudain nous n’allons plus avoir devant nous qu’un simple ruisseau avec un panneau « fin de parcourt ». Mais à chaque fois, la rivière s’ouvre à nouveau pour nous prendre en elle et nous faire monter plus haut.

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Et encore un tunnel en vue

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Nous décidons de pousser jusqu’à Corre, où se trouve un nouveau port de plaisance. Je téléphone au capitaine du port, qui avec un délicieux accent un peu suisse, me souhaite la bienvenue et m’indique la marche à suivre. Christine me montre une photo du port où je ne vois que des pieux, sorte de forêt de ducs d’albe. Je ne veux rien savoir.

 

Mais à l’arrivé, la forêt existe bel et bien et il va me falloir entrer en marche arrière entre ces grands poteaux métalliques. Je tente ma chance, et je réussi presque, quoique j’ai mal évalué la force du vent et le fait que Paquita « farde » beaucoup (je parle de la prise au vent de la coque et non pas de classeurs, les esprits ouverts auront compris, les autres ont un dictionnaire). Je recommence ma manœuvre, et le capitaine du port, qui est un homme aimable et d’expérience, me tire de ce mauvais pas en agrippant l’amarre arrière de Paquita et en l’empêchant de bouger. Le métier doit rentrer et personne n’a dit que c’était facile.

 

 

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Une fois amarré, nous allons faire un tour à l’écomarché du coin pour y trouver de quoi souper. Au retour, je vais prendre une douche dans des installations d’une propreté et d’un luxe à envier. Ensuite, je prépare une sauce bolognaise à ma manière et nous faisons un délicieux repas.Demain on peut se lever tard, car les écluses n’ouvrent qu’à neuf heures et il faut aller chercher la télécommande ici, plus de tuyau d’arrosage, mais une zappette ! Vive la modernité et vive dodo !

 

A demain !

 

20:47 Écrit par alaro11 dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | |  Imprimer |

20 mai 2010

Ce matin, nous partons à l’aise, les batteries sont chargées et les moteurs démarrent au quart de tour, sauf le bâbord qui est un peu capricieux quoiqu’il fasse un peu moins de bruit que son jumeau. Mais il ne faut pas les contrarier, ils ont leur propre vie.

 

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Le journée se passe doucement, le paysage change lentement, comme si quelque part, on voulait nous préparer à accepter de n’avoir plus de grandes largeurs à partager.

 

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Arrivé à Saint-Jean de Losne, nous voulons faire le plein et en me basant sur le guide de fluvial, je me dirige dans le port et j’en fais le tour pour ne voir aucune pompe. Alors, je sors et je vois un plaisance français qui s’avance lentement vers un ponton occupé par l’allemand qui nous a précédé hier, celui qui connait tout et qui nous a bloqué dans une écluse parce qu’il ne voulait pas s’amarrer.

Ici, comme il est en pays conquis, il stationne tout simplement au quai de l’avitailleur, un peu comme si vous alliez planter votre tente dans une station service. Où il y a de la gêne il n’y a pas de plaisir et celui-ci je vous assure qu’il prend son pied !!!

Je décide de continuer et de faire le plein à Savoyeux, juste après la sortie du tunnel du même nom.

 

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Le machin blanc est le poste de contrôle de l'écluse régulant l'entrée du canal de la Saône au Rhin.

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En gros plan. Bizarre hein!

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Petite leçon pratique au sujet du fonctionnement des écluses automatiques à commande par perche.

D'abord, approcher lentement de telle manière que votre équipier (ère) puisse attrapper la perche constituée d'une sorte de tuyau d'arrosage, ce qui est mieux que le bois ou le métal lorsque la distraction vous le fair prendre en pleine poire.

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On fait tourner la perche d'un quart de tour dans le sens anti-horlogique.

Le feu est rouge, faut attendre.

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Rouge vert, on peut avancer lentement, il va passer au vert mais il ne faut ps entrer dans le sas tant que le feu n'est pas vert.

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A l’écluse qui précède le tunnel, nous causons avec l’agent de VNF, qui est un vrai éclusier, une espèce en voie de disparition, qui de plus habite encore la maison éclusière, une sorte d’écomusée en vrai. Il nous parle de la grande distribution et de cette chaine de magasins belges, qui s’appelle "Colruypt", je traduis instantanément par « Colruyt » vous l’aurez compris vous qui êtes Belges. Il nous parle d’un magasin très propre et pas cher, qui a un concept de caisses un peu bizarre. Bizarre Colruyt ? Tout ça parce qu’ils transfèrent le contenu de votre charriot dans un autre qui est vide et qu’il n’y a pas de caisses ? Ben oui, c'est une histoire belge, mais vous verrez que dans quelques années on trouvera des magasins sans caisse un peu partout, pour réduire les coûts.

Nous y sommes tellement habitués que ce concept ne nous étonne plus et que nous sommes étonnés que d’autres soient étonnés par cette manière de faire. C’est un peu brumeux comme explication mais je ne peux que conseiller à ceux qui n’ont pas compris de bien relire, lentement ou de passer plus loin.

Bref, il nous garde gentiment dans l’écluse, histoire de ne pas aller faire le bouchon devant le feu rouge du tunnel qui annonce des bateaux arrivant en face. Un mec sympa comme tous les agents de VNF que nous avons rencontré d'ailleurs!

Mais parlons un peu du tunnel, quelle idée de faire passer les bateaux dans un tunnel, c’est un peu comme des trains sous la mer, idée saugrenue vous en conviendrez avec moi.

 

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L’entrée est vraiment très étroite, il reste un mètre de chaque côté. Facile me direz vous, ben sûr, c’est facile devant son écran d’ordinateur, mais venez-y avec Paquita qui parfois n’en fait qu’à sa tête. Il faudra tout de même que je parle de la manière dont réagit la gente féminine pour que tout le monde comprenne que Paquita est vraiment une vedette, donc féminine. Mais ce sera pour plus tard.

 

Nous voilà donc devant le feu vert et je m’engage à 1200 tours à la vitesse de six km à l’heure.

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Pas vite, mais si vous prenez ma place vous rirez moins je vous l’assure. 630 mètres à ne pas pouvoir bouger d’un poil, avec une blonde qui photographie à tout va sur le pont, sur les plats bords et qui rentre toute excitée de ce qu’elle vient de voir en vous faisant les commentaires. Pas facile je vous le jure.

Au bout du tunnel, à gauche, le port, que je rate à cause de saint GPS qui ne supporte pas les tunnels. Demi-tour malgré l’avis de Christine qui voudrait que je refasse les cinq cent mètres en marche arrière, ben voyons !!!

Arrivée au port, et je me gare en marche arrière, impeccable !

 

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On fait le plein, 338 litres pour 45 heures de navigation dont plus de dix à 13 litres à l’heure à cause du Rhône.  Moyenne plus que satisfaisante de moins de six litres.

Petite soupe, douche et dodo, fin de jour. A demain.








19:47 Écrit par alaro11 dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | |  Imprimer |