10/06/2010

29 mai 2010


 

Grand soleil ce matin, donc tenue d’été pour Paquita et son équipage, je rabats le cabriolet et je suis assailli par une odeur très prenante de… Purin ! N’ayant pas vu de ferme aux alentours, je ne comprends pas d’où vient cette odeur à faire repasser le petit déjeuner dans l’autre sens jusqu’à ce que je descende pour larguer et je constate alors que nous nageons dans une sorte de soupe où se mêles les excréments de bovins et les herbes en putréfaction, et tout ça est entré dans la darse poussé par le vent.

Nous ne partons pas, nous filons, vite et pas à l’anglaise.S7304575rednglaise. La première écluse est également pleine de soupe aux légumes et bien sûr, quelques kilomètres plus loin, la moteur se met à chauffer, provoquant le même cérémonial que le jour précédent, ce qui va nous arriver quelques fois ce jour.

L’écluse suivante est en panne, je téléphone à VNF et ils me répondent qu’ils sont au courant, qu’une équipé est déjà sur place et que le réparateur arrive. Je comprends que comme partout il existe des spécialistes, que ceux qui sont sur place ont détecté le problème, une grosse branche empêche la fermeture d’une vantelle et le système informatique a placé l’écluse en sécurité. Les agents sur place sont compétents pour ce qui est de la panne mécanique, soit enlever le corps étranger, mais pas pour réinitialiser le système.

Très vite, l’agent est là et on peut passer. Une demi-heure de perdue tout de même, mais c’est comme ça sur l’eau, il faut apprendre à vivre dans une autre dimension, à une autre vitesse, se débarrasser des réflexes terriens pressés.

On continue, mais deux écluses plus loin nous nous heurtons à nouveau à un e écluse en panne, ce n’est pas leur jour aujourd’hui. Je téléphone, l’agent arrive me promet le régulateur. Nous entrons dans le sas et on s’y amarre, c’est toujours plus facile que de faire le bouchon surtout avec le vent qui se joue de toutes mes corrections.

Voilà un, deux non, trois montants qui se placent à la rive en aval, des… Hollandais oui m’dame !

Au bout de dix minutes, ils envoient un éclaireur ou plutôt une éclaireuse qui vient houspiller ma mousse blonde dans la langue qu’elle pense la plus universelle, le néerlandais.

Je sors, de ma réserve, et lui explique dans la langue de Molière et sur un ton qui ne permet pas la contestation que l’écluse est en panne et que j’ai téléphoné. Elle répond : »Ja oui merci » et s’en retourne sur son cuirassé en tôle de 8mm.

Je téléphone à nouveau au régulateur, lui explique l’anecdote et lui demande où est le réparateur ; il arrive me dit-il.

Dans l’intervalle, sans doute mécontents de la réponse de leur éclaireur, deux membres du convoi se dirigent vers ces Belges incapables de passer une écluse normalement. Je me prépare à livrer bataille et cherche déjà des yeux ma gaffe afin de repousser toute tentative d’abordage.

Mais voilà qu’en libérateur, l’agent de VNF rencontré plus tôt arrive dans sa camionnette, il se gare pénètre dans le local technique et enclenche le cycle sous les yeux rageurs des flibustiers des polders qui s’en retournent à leurs vaisseaux.

Nous attendons que le cycle s’achève et avant de sortir, je crie un grand merci à notre sauveur, il nous répond par un signe amical, les portes s’ouvrent et une fois sortis, nous voyons l’armada se préparer à passer, amarres larguées alors que les portes de l’écluse se referment devant leurs étraves. Pas de chance ils vont devoir attendre une bassinée vide avant de pouvoir passer, et encore si l’écluse ne retombe pas en panne.

Voilà ce qui arrive lorsqu’on se comporte en conquérant sans gène dans un pays qui vous accueille en ami.

Il faut rester aimable avec les personnes c’est bien plus agréable et fait perdre moins de temps au final et c’est tellement plus agréable d’être vu comme un ami plutôt que comme quelqu’un qu’on est obligé de supporter.

Les Britanniques que nous avons rencontrés étaient nettement plus aimables et respectueux. Question de culture et d’éducation sans doute !

Car il faut tout de même avouer que le comportement de ces gens sur l’eau est très agressif, circulant au beau milieu du chenal, sans se placer en retrait lorsqu’ils croisent un avalant fonçant de toute la puissance de leurs moteur, au mépris des berges souvent en mauvais état, quitte à provoquer un incident avec leur sillage de hors-bord. Je ne suis pas étonné que pas beaucoup d’usagers ne les portent pas dans leur cœur, comme ce couple d’aînés que nous avions rencontrés à Huy et qui nous avouaient ne plus vouloir naviguer dans ces conditions, car s’étant fait agresser en France par des plaisanciers Hollandais après que ceux-ci les aient abordés lors d’un croisement sur un canal.

Bref, je décide de faire valoir mes droit d’avalant et moi aussi je reste au milieu, comme ils ont peur d’écorcher leur bateaux, ils s’écartent en maugréant, car tout d’un coup plus de signe bonjour à quelques rares exceptions.

Je constate qu’instinctivement, je fais le contraire de ce que Germain m’a montré sur le Rhône, au lieu de chercher l’abri et de fuir le courant, je cherche naturellement à me laisser pousser par lui et je gagne plus ou moins deux kilomètres à l’heure, je suis à 1400 T/Min par moteur pour une vitesse de plus ou moins 11 km/h alors que pour la même vitesse sur le grand fleuve mes moteurs tournaient à 2200 T /Min.

Ma consommation doit être de l’ordre de quatre litres à l’heure pour les deux moteurs. C’est bien, de vrai chameaux et mon portefeuille de respirer un peu mieux, lui qui a attrapé un gros refroidissement depuis Villefranche. Je pense que j’arriverai à Profondeville avec le carburant contenu dans mes réservoirs. Ouf !

On passe Sedan, où je prends la voie de droite, passe devant le port de plaisance, remarque que sous le pont il n’y a pas de panneau indiquant où passer, longe un barrage avec un courant de fou, et alors que j’arrive en vue d’un pont, je vois un homme qui me fait signe de faire demi-tour. Je stoppe immédiatement et je commence à reculer, l’homme nous dit que nous avons raté le chenal principal. Je regarde vite la carte avant de faire demi-tour et je constate qu’en effet il existe une voie principale et certainement un panneau que je n’ai pas vu. On repasse devant le port, on contourne la pointe et je vois la flèche cachée par le grand panneau placé par la municipalité de Sedan qui rend invisible la flèche lorsqu’on tient sa droite en descendant. Dangereux ça, car sans cet homme providentiel, nous allions nous échouer sous le second pont.

Le temps se couvre de plus en plus alors que nous abordons Charleville-Mézières, on passe l’écluse de sortie de la ville et nous nous disons que nous feront étape dans le bief suivant, faisant en cela confiance dans les indications du guide fluvial qui indique qu’il y a des commerces. Grave erreur, car alors que nous avançons vers le Bourg, on s’aperçoit bien vite qu’il n’existe pas d’appontement. La question qui tue est la suivante : Pourquoi indiquer la présence de commerces si ceux-ci sont inaccessibles autrement qu’en voiture ? Vaste débat !

Pour l’heure, la tension nerveuse due à la fatigue et à la déception de ne pas trouver une place monte, pis, mes lunettes se déboitent, je réussi in extrémis à sauver la micro-vis, mais je ne vois plus rien du tout, maintenant, il fait sombre et il pleut à verse demi-tour, je remonte vers Charleville-Mézières pour arriver devant un endroit marqué comme étant un amarrage possible nous essayons, mais trop énervés, on rate la manœuvre, on continue, faisons à nouveau demi-tour et je décide de remonter mes lunettes, je dois me calmer. J’y arrive, replace mes lunettes sur mon nez, et je dit à mon mousse, on recommence.

Cette fois, j’approche parallèlement à la rive et en jouant avec les moteurs, je parviens à faire progresser le bateau latéralement jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’à cinquante centimètres de la rive. Christine saut une amarre à la main et sous la pluie battante arrive à tourner le cordage autour du premier bollard. Je saute à sa suite avec la seconde amarre et la place sur l’autre bollard. C’est terminé, nous avons gagné, trempés mais heureux d’avoir réussi. La pluie cesse également et Paquita se tient tranquille contre la rive, protégée par ses pare-battages.

J’ouvre un des grands panneaux donnant accès aux moteur afin de laisser entrer la chaleur de nos deux radiateurs en fonte de 550 Kg chacun. On fait sécher nos vêtements. Nuit au calme, mais agitée pour moi, car inquiet à cause de la pluie qui nous arrose et qui risque d’entrer par les cadres des fenêtres dont les joints sont foutus.

Mauvaise nuit, mais on approche de la fin alors ça passe.

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20:35 Écrit par alaro11 dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | |  Imprimer |

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